03 février 2009
"Avant l'aube, avec les larmes de l'âme"
Traduction de quelques chansons rébétiques
(Ematha polla mikro mou)
Eh ! bien, mon petit, j’en apprends de belles !
Est-ce que tu veux me rendre fou ?
Tu as fait des folies au Pirée,
Ma beauté aux yeux noirs ?
Tu as voulu faire ta princesse,
Tu m'as trahie, catin !
Et moi, pauvre diable,
j’ai passé la nuit
à t’attendre ;
je suis resté, en rade !
(To rendevou)
Lorsque tu arrives en retard au rendez-vous,
Je suis en colère contre toi,
Mais dès que j’aperçois tes yeux noirs,
J'oublie tout, ma lumière.
Cela dit, ne me joue plus ce genre de tour,
Petite garce sans pitié,
À moins que tu veuilles
Faire de moi un ivrogne.
À la taverne, jour et nuit,
Je bois jusqu’à plus soif.
Ce sont tes yeux, friponne,
Qui m'ont mis dans cet état.
(Ta ble parathyra )
Autrefois, je te voyais en passant,
Là-haut, derrière les volets ;
Mon regard croisait
Tes sourcils froncés.
Mais tu as changé de quartier,
Et je tourne en rond comme un enragé ;
Le chagrin m’emplit
Et je pleure sans arrêt.
Puis-je espérer te revoir,
un jour, ici-bas ?
Tu es partie, tu m'as laissé
Le cœur en miettes…
Laisse-la, ta maison,
Et reviens habiter dans le quartier !
J'aimerais tant te revoir,
Comme avant, derrière les volets .
(I Naziara)
Minaudière, tu m'as embobiné avec tes salades,
tu as capturé mon cœur avec ta ruse.
Comme un poisson, je me suis fait prendre dans tes filets,
tu as fait de ma vie un esclavage total.
Minaudière, polissonne,
ma poupée adorable,
tu es mon seul désir ;
à mes yeux, tu es le monde entier !
(To minore tis avgis )
Réveille-toi, mon petit, et prête l'oreille
À ce Minorè matinal !
C’est pour toi que je l'ai écrit
Avec les larmes de mon âme.
Ouvre ta fenêtre,
Jette moi un dernier regard
Et puis, laisse-moi m’éteindre, mon petit,
Là, dans un coin, juste devant chez toi…
(To tragoudi tis agapis)
Je vivais seul et sans amour
Environné d’obscurité
Et je passais des soirées sinistres
Dans une maison privée de joie
Aujourd’hui, la vie me sourit
Et tes lèvres que j'embrasse doucement
Sont comme des roses d’avril
Qui m’enivrent d’amour
Viens, buvons ce vin vieux,
Nous pourrons chanter gaiement
La belle chanson de l'amour
Qui est comme une fleur du printemps
(Tis vrochis i stales)
Les premières gouttes commencent à tomber,
Et me voici, assis devant chez toi.
J’aurais voulu y entrer, comme jadis,
Mais tu m'as claqué la porte au nez !
Pourquoi fais-tu ça ?
Pourquoi ne me laisses-tu pas entrer ?
Je fais quoi, moi,
Avec les nuages et le vent ?
Les premières gouttes commencent à tomber,
Et me voici, assis devant chez toi.
Je me demande ce que je t’ai fait ?
Ouvre ! il va pleuvoir pour de bon.
(Anixe giati den antecho)
La fenêtre obscure
Reste obstinément close ;
Pourquoi tu ne l'ouvres pas,
Tête de mule !
J’aimerais tellement te voir !
Ouvre ! Je n'en peux plus,
Tu m'as assez torturé !
Posté dans les courants d'air
Pendant des heures,
J'ai chanté pour toi
Mon cœur s’est embrasé
Et pas même un regard !
( I mana mou me derni )
— Mon chéri, ma mère me bat, tu sais, et ça fait mal
Elle me bat, elle me tue, quand je sors, le soir.
Je te le dis, il faut que tu le saches :
Ma mère me bat parce que je t'aime.
— Bon sang, maman, ne me bats plus !
Je suis folle de lui,
Tu te fatigues pour rien !
Je ne changerai pas d'idée.
Une heure passée entre ses bras,
Suffit pour que j'oublie les coups que tu me donne.
— Je ne changerai pas d'idée, je ne serai pas parjure,
Je quitterai pas l'homme que j'aime.
— Bon sang, maman, tue-moi !
Moi, je me tais,
Toi, tu me donnes des coups,
Et lui me donne de doux baisers !
( Ké giati de mas to les ? )
J’en veux à la mer,
Hélas, hélas !
Et au navire
qui emporta mon amour…
Hélas, Hélas !
Pendant ce temps, d'autres en profitent…
Eh ! pourquoi tu ne nous en parles pas ?
Mon vieux, pourquoi tu ne nous en parles pas ?
Pourquoi tu ne le dis pas
Que tu as de la peine,
Au lieu de pleurer,
Mon vieux, pourquoi tu ne m'ouvres pas,
Mon vieux, pourquoi tu ne m'ouvres pas,
Pourquoi tu ne m'ouvres pas
Au contraire, tu te barricades ?
Maudit soit l'instant, fillette,
Maudite soit l'heure,
Où, dans ce pays, petite,
Je t'ai vue pour la première fois !
(O Giatros)
Ah ! Dites-moi donc où se trouve ce docteur ?
Vous savez bien ! Celui qui guérit les blessures…
Hélas, Docteur !
Hélas !
Qu'il guérisse aussi les miennes !
J’en ai en tellement …
Hélas, Docteur !
Qu'il guérisse les miennes,
Hélas !
J’en ai tellement …
Mes blessures sont énormes,
Hélas, Docteur !
Et elles sont sans remède!
Non, on n'en guérit pas !
Mon amour m'a quitté,
Il est parti au loin.
Hélas, Docteur !
Mon amour m'a quitté,
Il est parti pour les pays lointains.
Hélas, Docteur !
Dites-moi quoi faire,
Je ne me sens pas bien, Docteur,
Hélas !
Mon amour est parti,
Il est parti pour les pays lointains.
Hélas ! Docteur,
Mon amour m'a quitté,
Il est parti pour les pays lointains…
(Ta dio sou chéria)
Tes mains ont ramassé
Des verges pour me battre
Elles ont capturé ma joie
Elles m'ont carbonisé
Elles ont prodigué leurs caresses à un autre
Je ne compte plus pour elles
Avec ces deux mains-là,
Creuse
dans la terre,
Une fosse profonde !
Que je m’y ensevelisse :
Comme ça, je cesserai enfin de te voir
et de souffrir.
(O Chorismos)
Pour chaque douleur et pour chaque peine
il existe un remède,
Mais le chagrin dont je souffre
pas question de le guérir !
Avec le temps, on oublie l'amertume et les tourments,
Mais les yeux qu’on a aimés, comment les oublier ?
Si, pour oublier, tu t’enfuis vers des pays lointains,
Le souvenir t'assaille ; tu pleures en pensant à la séparation.
Reste malade, mon cœur, et baigne dans tes larmes !
Quand tu te sépares de qui tu aimes, dis que tu l’as choisi !
(I Gata)
J'ai chassé ma chatte de chez moi,
Celle qui avait les yeux bleus ;
La nuit, quand je dormais,
Elle plantait ses griffes dans ma chair.
Je l’avais depuis un bon bout de temps
Au début, elle m'obéissait au doigt et à l'œil,
Et puis elle a attrapé des goûts de luxe,
Même du poisson, elle n'en voulait plus.
Donc, je la chasse avec sévérité
Mais, le lendemain, la revoilà !
Elle me revient avec de petits rats
Et recommence à faire la maligne.
Entre temps, moi, j'en avais trouvé une autre,
Plus jolie, et avec des yeux noirs…
Celle-ci, au moins, elle est discrète — comme une chatte ! —
Elle se cache pour casser les assiettes.
(O Passatempos)
Tout ce que tu me dis, je l'écoute sans y croire,
J'en ai soupé de tes mensonges
J'ai compris que, pour toi,
Je ne suis qu’un amuse-gueule, tout juste un passe-temps.
Chacun de tes baiser, désormais, je le trouve amer
Tu ne peux plus adoucir mon chagrin
Quand tu sors avec moi, déloyale,
Pourquoi essaies-tu d'aguicher les autres ?
Va-t-en ! puisque tu veux prendre le large,
Mais cesse de pleurnicher, de murmurer et de geindre !
Et quand tu rencontreras le gars que tu aimeras
Ne t'avise pas de lui dire que j'étais ton passe-temps.
(O Hypnos)
Pourquoi me réveiller, de bon matin,
Dans mon profond sommeil ?
Pourquoi frapper à ma porte ?
Que veux-tu maintenant, que cherches –tu ?
Non, non ! Je ne veux plus que tu m'aimes !
J'en ai assez de tes sarcasmes,
Je t'ai maudite à tout jamais,
Tu es passée dans ma vie,
Tu m'as brisé, tu m'as usé,
Oh, oh ! Tu m'as brisé, tu m'as usé !
En sombrant dans le sommeil
J’avais réussi à oublier
Pourquoi est-ce que tu me réveilles
de bon matin,
En venant frapper la porte ?
Oh, oh ! Je ne veux plus que tu m'aimes !
(Chorissame ena dilino)
Un soir, nous nous sommes séparés
Des larmes plein les yeux ;
Il était écrit que notre amour
Finirait en deux morceaux.
Je pleure en pensant
À toutes les belles soirées
Où tu répandais tout doucement
Serments, caresses et baisers…
Avec un ardent désir,
J'attends, le cœur endolori,
Que tu reviennes, un jour, peut-être,
À nouveau entre mes bras…
(Kapio vradi me fengari)
Un certain soir de lune
J’ai entrapercu tes charmes
Depuis je suis devenu fou
Jour et nuit je te réclame
Où que tu ailles, où que tu ailles
Je sens une odeur de rose
Ta taille est comme une bague
Œil noir, noir sourcil
Ainsi fait, fait, fait
Ta fine taille de guêpe
Je veux la voir et l'admirer
Pour oublier ma soufrance
(Issouna xipoliti)
Tu allais pieds nus, tu rôdais dans les rues
Depuis que tu es as moi, tu réclames des propriétés
Tu allais pieds nus, tu ramassais les pièces de vingt centimes
Depuis que tu es à moi, tu réclames des billets de cent
Tu étais sans un sou, tu ramassais des radis
Depuis que tu es à moi, tu réclames des boucles d'oreilles
Après mille années de prison, j'ai tenu tête à Charon
Je voudrais que tu sois toujours libre avec moi
Tu allais pieds nus, tu nourrissais des coqs
Depuis que tu es à moi, tu réclames des aviateurs
J'ai lancé les dés, résultat : six–cinq
Les flics sont passés, maintenant, c’est cinq - cinq
Tu allais pieds nus, tu ramassais de l'herbe
Depuis que tu es à moi, tu réclames des billets verts
Tu étais, mais que n’étais-tu? une ravaudeuse de vieux sacs
Depuis que tu es à moi, tu réclames des bonnes manières
Tu étais, mais que n’étais-tu ? une voleuse de biscottes
Depuis que tu es à moi, tu réclames des bonnes manières
Tu allais pieds nus, tu ramassais des radis
Depuis que tu es à moi, tu réclames des cosmétiques
Tu allais pieds nus, tu marchais dans la boue
Depuis que tu es à moi, tu réclames de blanches socquettes
(Manaki mou, manaki mou)
Petite mère, petite mère
j'ai mal à ma petite tête
Petite mère, bon sang de bon sang !
Crois-tu que tu trouveras jamais
un caïd de mon acabit ?
Pourquoi est-ce que tu me tiens tête ?
Si tu t'imagines que j'ai peur de toi !
Là où tu vas, là où tu vas,
là où tu vas, n'y retourne pas !
Là où tu vas, n'y retourne pas
tu y perdrais le ciboulot !
J'ai perdu mon manteau
Dans un moment d’inattention
Monsieur l'agent, ne frappe pas !
Ç'est pas ma faute, si je suis un pauvre gars.
(Chronia stin Troumba)
Des années à Troumba , caïd et vadrouilleur
Renseigne-toi avant de me prendre
Des années au Pirée, caïd et vadrouilleur
Je suis un type malin, un joueur de bouzouki
Tout le monde m'aime bien, car je suis de Syros
Je suis un petit malin, un joueur bouzouki
Sur la place où j'ai grandi, tout le monde m'a reluqué
Je suis un caïd, un malin, bien sous tout rapport
Sur la place où j'ai grandi, tout le monde m'a reluqué
Les caïds m'estiment et me respectent
Quand je me radine, ils se mettent au garde à vous,
Les caïds m'estiment et me respectent.
(To poniro monopati)
Dans la vie, beaucoup de routes s’ouvrent devant toi,
Tu empruntes celle qui te convient,
Mais elle te conduit où elle veut !
Et il existe aussi un sentier tordu
qui conduit tout droit au ravin.
Un soir, si tu empruntes ce sentier-là,
Tu quittes pour toujours le droit chemin
Tu tailles un cœur en charpie,
Pour en habiller un autre corps
Arrivé là, Dieu lui-même oublie que tu existes,
Tu vas et tu viens et il n’y a personne pour pleurer…
Un déchet supplémentaire, pardi !
Sur le sentier tordu de la vie !
(Pente chronia dikasmenos)
— Salut, mon brave Stellaki
— Salut et joie, mon cher Vangelli. Oh ! Mais je vois que tu tiens quelque chose ?
— Un narguilé.
— Un narguilé !!!
— Eh ! oui, un narguilé… Qu'est-ce que tu voudrais que je tienne, un paquebot transatlantique ?
— Mais, mon vieux, chaque fois que je tombe sur toi, tu es avec ton narguilé…
— Ah, c’est vrai ! Mais si tu savais tous mes soucis et mes chagrins, tu ne me le reprocherais pas…
— Eh bien, tu ne veux pas en parler ? Raconte !…
— Écoute-moi bien, mon vieux Vangells, tu vas peut-être me consoler :
Condamné cinq ans à la prison de Genti Koulès
Le chagrin m'a fait plonger dans le narguilé
Souffle, tire, aspire bien
Tasse-le et allume-le
Et surveille bien si les flics n'arrivent pas !
Les cinq années suivantes, tu m'avais oublié
Pour me consoler, les caïds me préparaient un narguilé
Souffle, tire, aspire bien
Tasse-le et allume-le
Et surveille bien si les flics n'arrivent pas
!
Maintenant que je suis sorti de Genti Koulés
Remplis le narguilé, mon bon, nous allons le fumer ensemble
— Tire un coup, toi aussi, Vangelli !
— Je vois que tu avais raison mon petit Stellaki…
— À la tienne, mon derviche Stellaki, tu nous as fait un beau récit
— À la tienne aussi, Ianni, avec le violon…
— Je fumerai jusqu'à plus soif aujourd'hui encore…
— Salut à toi, Margaroni !
(O Nikolas, o psaras)
Les chalutiers
sont rentrés de bon matin
Seul le pécheur Nicolas
n’a pas encore paru
Sur la terre ferme
Devant le rivage, de noir vêtue
Se tient une mère inquiète.
Elle est inquiète
La mère du pécheur Nicolas.
On se demande qui ira lui parler,
qui lui dira
Que Nicolas s'est noyé,
qu'il ne reviendra pas
Sur la terre ferme.
Des mois sont passés, et encore des mois
et la mère de Nicolas
l'espoir au cœur
attend toujours,
Sur la terre ferme.
(Ftochobouzouko)
Avec mon pauvre bouzouki
Je chante mon chagrin.
Je n’arrive pas à oublier une femme,
Depuis qu'elle est partie
La tristesse me submerge
Mes larmes coulent à flot.
Elle m'a laissé seul
au monde,
Elle ne reviendra pas
Je joue avec entrain
sur mon pauvre bouzouki
Et je lui dis : regarde comme le sort m'a frappé !
Alors, il me regarde aussi, compatissant ;
Est-ce sa faute, le pauvre, si je lui casse les cordes ?
Je tiens mon bouzouki
et je lui demande, affligé :
- Que puis-je faire ? petit bouzouki, dis-moi !
Et il me répond : Tu veux vivre ?
Trouve un autre amour,
Et ton chagrin, noie-le dans le vin !
(To Kapilio)
La nuit est glaciale,
La pluie tombe doucement,
Mais au coin, juste en face,
Le troquet du quartier reste allumé
Un ivrogne sans le sou
Est assis là, il médite,
Devant de la taverne,
Sur une marche basse.
Il voudrait bien entrer
Et commander à boire,
Mais le troquet est pauvre,
Il ne lui fait plus crédit.
(Enas Magkas sto Votaniko)
C’est un caïd de Votaniko
Il part au quart de tour
Ddans les bouzoukia, les cabarets
Il règne sur tout le territoire.
Lorsqu’il se met à fumer
Qu’il commence à partir
Dans les fumées du narguilé
Il s’éprend de la belle Angello
C’est un caïd, un dur à cuire
Le plus grand crâneur de Votaniko
Et comme il force le respect
Rien ne peut lui résister
Lorsqu’il se met à fumer
Qu’il commence à partir
Dans les fumées du narguilé
Il s’éprend de la belle Angello
(Kato sta Lemonadika)
Dans le quartier de Lemonadika
Il y a eu du tintouin
On a pincé deux voleurs à la tire
Qui faisaient les malins
On leur a passé les menottes
Et conduits à la prison
Si on ne retrouve pas les portefeuilles
Ils vont passer un mauvais quart d’heure
Monsieur l’agent, ne frappez pas,
Vous le savez bien
Que c’est ça, notre boulot
Faut pas chercher midi à quatorze heures !
Nous, nous vivons de rapine
Nous piquons des portefeuilles
C’est pourquoi elles nous connaissent, allez !
Les portes de la prison…
27 décembre 2008
Rébétiko
« Les rébétika sont de simples petites chansons chantées par des gens simples » (Elias Pétropoulos)

au Pirée, marché de poisson, 1937
Le rébétiko ne constitue un folklore que pour autant qu'on puisse parler de folklore urbain.
Expression d'une culture populaire, il se donne principalement à entendre sous forme de chansons à travers lesquelles transparaissent, au-delà la poésie et la musique, un mode de vie, un état d'esprit, et tout un imaginaire collectif. En Grèce, la culture rébétique est reçue, selon les époques et la sensibilité de chacun, tantôt comme une liberté enviable et, tantôt, comme marginalité honteuse.
Par rapport aux véritables folklores, ceux d'une ruralité ancestrale, le rébétiko est, de toute évidence, déplacé ; il ne constitue pas les "racines" d'un peuple, à moins d'admettre que les racines d'un peuple puissent pousser dans le vent…
Aussi, le rébétiko pose la question de la définition d'une communauté. Il exprime une identité nomade qui peut être passer pour subversive. Le Rébète n'est jamais un propriétaire, ce n'est pas lui qui produit les céréales, les olives ou le raisin. Ce n'est pas, non plus le berger des montagnes ni le pêcheur, même si le thème de la barque qui prend la mer, du pêcheur qu'on attend et qui ne revient pas est exploité à l'envi…
Le Rébète est, à proprement parler, un égaré, quelqu'un qui tourne en rond dans des quartiers perdus, qui tue le temps (exclu du travail qu'il méprise) en s'enivrant, tout en chantant des poèmes d'amour. Il est aussi celui qui vole et qui se fait voler, qu'on poursuit pour le jeter en prison dont il s'évade…
Le rébétiko a sa propre topologie. Si, pour l'étranger (ou pour le Grec qui vit dans la diaspora), "rébétiko" est synonyme de "grécité", dès lors qu'on reste sur le territoire national, le rébétiko témoigne d'infinis voyages et d'éternelles errances. Le rébétiko représente toujours une déterritorialisalition. Le thème de l'exil, vécu comme un déchirement permanent, y est toujours présent.
Xénitia (Exil)
Expression populaire, laïque, mais, surtout, expression minoritaire. Le Rébète appartient à une petite communaute : l'élite de l'infortune. Il partage sa solitude avec ses pairs, d'autres déshérités qui, seuls, sont aptes à le comprendre et à apprécier sa poésie.
Tsitsanis : Zébéïkiko de 1938
Comme un déshérité, j'erre
dans un exil haïssable
abandonné, malheureux
loin des bras de ma mère
Les oiseaux pleurent après l'air
et les arbres, après l'eau…
moi, c'est pour toi que je pleure,
petite mère, que je n'ai pas revue depuis tant d'années…
Les Rébètes habitent les banlieues, un "hypocosme" marginal, monde souterrain, monde parallèle, monde merveileux.
Il occupe des poches de survie : le quartier (la gitonia), le café d'habitués (le steki), la taverne (où le plaisir du vin, de la musique et des filles se paie souvent trop cher) et la fumerie clandestine (le tékès), où il vient fumer le narguilé.
Lorsqu'on écoute aujourd'hui un rébétiko, on effectue un voyage dans le temps et dans l'espace. Le rébétiko est porteur d'une géographie et d'une histoire. Mais ce voyage est, pour une large part , fantasmatique. C'est un artefact que bâtissent des textes, des musiques, des voix, des corps singuliers, des attitudes caractéristiques : toute la mythologie du rébétiko.
vieilles étiquettes de disques de rébétiko
La création artistique (accessible grâce à la photographie et aux enregistrements sonores) est le reflet d'une vie sociale élaborée. Rien d'insignifiant (Dieu est dans les détails). Il faudrait décrire La vie quotidienne au temps des Rébètes. Usage vestimentaire, pratiques de convivialité, manières de table, vie amoureuse, divertissements…
Ces pauvres diables en loques, parfois endimanchés, sont de merveilleux dandys ; ils soignent leur apparence. Ils utilisent, pour communiquer entre eux, dans une semi-clandestinité, un langage qui leur est propre et des gestes codés. Cette communauté de parias est une élite, avec ses rites d'intégration et de reconnaissance, régis par leurs propres lois.

Toutefois, on ne peut pas figer le rébétiko dans une représentation précise. Ce n'est pas une culture monolithique. Il y a une Histoire du rébétiko des origines à nos jours (ou presque), une évolution.Originaire d'Asie Mineure, où vivaient d'importantes colonies grecques (à Smyrne, à Constantinople, notamment), mais aussi d'Alexandrie, de la vieille Athènes, de Thessalonique…L'inspiration musicale est orientale (instruments d'Asie Mineure : Saz, Oud, Tébéléki…) , certains on suggérés, sans en apporter la preuve, que le mot "rébétiko" pourrait provenir d'une déformation du mot "rebbe", le rabbin en yiddisch.
manifestation du kefi, l'enthousiasme individuel qui s'empare de l'amateur de rébétiko
Sur le plan musical, utilisations de modes (et non des gammes majeures et mineures de la musique occidentale) comme dans la musique arabe ou dans la liturgie byzantine, rythmes proches de ceux des danses turques : Tsiftétéli (danse du ventre), Zéïbékiko —. Dans le registre linguistique, porosité de la langue en fonction de la diaspora bilinguisme grec/turc d'une Roza Eskenazi, par exemple, même si la langue est, ordinairement, grecque.
Rosa Eskenazi
Goût de l'exotisme. Orientalisme de pacotille, lascivité rêvée des Mille et une Nuits. La civilisation orientale est surtout un art de vivre : le luxe, la volupté, le vin, les femmes, la drogue. On est proche des Roubaïates d'Omar Kayam ou d'Azyadé de Pierre Loti. Après la "Grande Catastrophe" de 1922, lorsque que les Grecs de Turquie sont chassés sur le territoire hellénique, il y a une terrible nostalgie du paradis perdu. Berceuses, murmures, plaintes diverses (amanès : du turc aman, dont le cri déchirant est une sorte de "hélas !").
Dans les minuscules récits que constituent les chansons, le réel se manifeste presque toujours une forme agressive, voire répressive. La société est globalement perçue de manière négative. La police est la grande ennemie du Rébète ; tôt ou tard, elle le conduit, inéluctablement, en prison.
o batsos (le flic) représentant l'exousia (le pouvoir)
Apologie d'une vie marginale, clandestine, hétérodoxe. Le Rébète fabrique le baglama, un instrument si petit qu'il peut se cacher dans la manche de sa veste.
Tel est le sort à la fois pitoyable et enviable des parias, des prisonniers. Il adapte le monde en même temps qu'il s'adapte à lui. Tel est le mode de survie de tous ceux qui ont, d'une manière ou d'une autre, rompu les amarres avec la société bourgeoise.
Il y a les Mangès (mot intraduisible, péjoratif dans le langage courant, laudatif sur le mode rébétique : à la fois un mauvais garçon et un type en or) et il y a les autres, les nantis de la société, insensibles et sans cœur.
Dans le quartier de Lémonadika
on a assisté à un esclandre
on a attrapé deux voleurs
la main dans le sac
On leur a passé les menottes
et on les a conduit au poste
Et si on ne retrouve pas le magot
Ils vont passer un mauvais quart d'heure
Monsieur l'agent, monsieur l'agent
ne frappe pas !
Laisse-nous faire notre boulot,
on n'en demande pas plus.
Nous, nous coupons les bourses
nous volons les porte-feuille
C'est pourquoi elles nous voient souvent passer
les portes de la prison.
Cette sociologie est très simple. Mais elle s'exprime, avec un vrai bonheur d'expression, dans un argot étonnemment euphorique. Par exemple, le mot que l'ont traduit ici par "voleurs", "lahanades" vient de "Lahana", les "choux", autrement dit, les portefeuilles, en argot… Du coup, les voleurs deviennent des sortes de maraîchers, comme dans un poème surréaliste.
La morale est primaire. Il y a les bons et les méchants. Mais, ce sont les voleurs qui ont bon cœur, et la police qui est brutale et inhumaine. Le Rébète ne se fait aucune illusion, il sait qu'il est obligatoirement perdant ; le pouvoir étant aux mains des juges et des flics. C'est pourquoi, le monde est discrédité : Psefti dounia ("le monde est menteur"). Un Rébète sera toujours le dindon de la farce.

la prison de Genti Koules, acropole de Thessalonique
Pente chronia dikasmenos
— Salut, Stellakis, mon ami !
— Salut et joie, mon cher Vangellis ! Mais je vois que tu tiens quelque chose ?
— Un narguilé.
— Un narguilé !!!
— Eh ! bien, oui, un narguilé, qu'est-ce que tu voudrais que ce soit, un paquebot transatlantique ?
— Mais mon vieux, mais chaque fois que je te rencontre tu es avec ton narguilé.
— Ah, tu as raison, mon vieux, mais si tu savais les soucis et les chagrins qui m'accablent tu ne me jetterais pas la pierre…
— Et tu ne veux pas me les raconter pour que je les partage avec toi ?…
— Écoute-les, mon bon vieux Vangellis, et tu pourras peut-être me consoler !
Condamné à cinq ans dans Genti Koulès (la prison de Thessalonique)
Le chagrin m'a fait tomber dans le hashisch.
refrain :
Souffle, aspire, tire bien !
tasse-le, allume le !
surveille que les flics n'arrivent pas
refrain
Les cinq années suivantes, tu m'avais oublié
Pour me consoler, les mangès, m'ont rempli mon narguilé
refrain
Maintenant que je suis sorti de Genti Koulés
remplis le narguilé, mon bon, et nous allons fumer !
— Tire aussi un coup, Vangellis !
— Je vois bien que tu avais raison mon petit Stellakis
— A la tienne, mon derviche Stellakis, tu nous as raconté une belle histoire
— A la tienne, Iannis, avec ton violon…
— Je fumerai jusqu'à n'en plus pouvoir, aujourd'hui encore…
— Salut à toi, Margaronis !
Le rébétiko se donne comme la culture des pauvres, des parias, des exclus. D'où ce paradoxe lorsque arrive le succès. Des rébètes qui deviennent des vedettes millionnaires.
Après la "Catastrophe" de 1922, c'est le style smyrniote qui domine le genre. On enregistre des disques dans les grandes villes. Jusqu'en Amérique, où beaucoup de Grecs vont tenter d'émigrer.
Ces disques sont signés par des chanteurs et des chanteuses qui s'appellent : Marika Politissa, Rita Abatzis, Roza Eskenazi… Les instruments sont encore le santouri, les violons, le oud.
Le rébétiko trouve sa place dans des sortes de cafés-concerts (café-aman) qui se trouvent à la périphérie des grandes villes. Ce sont des tavernes où l'on peut boire (surtout) et où une modeste scène est installée pour permettre aux musiciens de se produire. Des musiciens dont le statut oscille encore entre amateurisme et professionnalisme.
Le thème de l'exil, de la souffrance du déraciné,domine largement le répertoire. Peu à peu, changement de couleur dans l'orchestration. Le bouzouki devient le dieu incontesté du rébétiko. Le Rébète est, plus que jamais, le mauvais garçon, celui qui ne parvient pas à s'intégrer ou qui règne sur un domaine dont les règles échappent à société ordinaire. Le rêve se situe encore et toujours en orient, mais il est plus illusoire que jamais. Les femmes (les maîtresses) sont trompeuses (comme le monde). L'amour féminin profondément délétère est inlassablement chanté sur le mode doux-amer. Seule la mère a grâce, aux yeux des Rébètes.
On peutn au fond, distinguer trois périodes :
De 1922 à 1932 : dominance de ce style turco oriental.
L'un des plus extraordinaires compositeurs interprètes de cette période est Giorgos Batis

Giorgos Batis, dans son cercueil, enterré avec son baglama
Zoula se mia barca bika
un zéïbékiko de Batis (le premier enregistrement de Stratos Paioumtzis)
Furtivement, je suis monté dans la barque
et j'ai pénétré dans la grotte du Dragon
Là je rencontre trois types ivres de haschish
qui se prélassent dans le sable
C'était tous les amis : Batis avec Artémis
Et il y avait aussi Stratos le Paresseux.
Ah ! Stratos, mon vieux Stratos !
Prépare un narguilé bien tassé !
Qu'il ait quelque chose à fumer,
pour Stratos, qui est un derviche depuis si longtemps
Et pour Artémis, aussi, lui qui va et qui vient !
Il nous rapporte du mavro (du hasch) de la Ville (Constantinople)
mon vieux, et nous sommes complètement allumés
Du tabac persan, mon vieux,
Et il en fume tranquillement.
De 1932 à 1940 : l'âge d'or du rébétiko : les luths laissent place à l'ensemble Bouzouki/baglama.
Batis, Peristéris, Papaïoannou (Marcos Vamvakaris, Tountas, etc.)
Ego Mangas fainomouna
Moi, on voyait bien que je serais un mangas.
Tout petit déjà, j'étais très malin
et j'ai appris le bouzouki.
Au lieu d'aller à l'école je fréquentais le Karagiosis (le théâtre d'ombre),
j'ingurgitais différents breuvages
pour apprendre le bouzouki.
Ma famille me disait de le laisser tomber
ce vieux bouzouki
parce que je leur faisais honte,
mais moi, je ne le quittais plus,
ce vieux bouzouki
dont j'avais fait mon compagnon.
Le morceau date de 1937, alors que Génitsaris, son compositeur, n'avait que 18 ans. Le style est devenu classique. Surtout, très remarquable, l'interprétation, chant et jeu, avec un accent très mangas. Interprétation plus récente.
Autre exemple :
Ανέστης Δελιάς ANESTIS DELIAS - TO HAREMI STO HAMAM (1936)
De 1940 à 1952 : La figure dominante est Tsitsanis. Il y a aussi Chiotis. C'est le début d'un virtuosisme instrumental qui prend le dessus sur le contenu des chansons et qui débouche sur l'archontorébético, un rébétiko de luxe, en quelque sorte ! Le bouzouki passe de 3 à 4 cordes (pour plus de virtuosité) et on assiste à l'électrification des ensembles.
On peut citer Sinnefiasmeni Kyriaki (Dimanche nuageux) qui est un succès absolu et constitue une sorte d'hymne rébétique.
Polémique sur l'auteur de la chanson. On en attribue, généralement, la paternité à Tsitsanis.
A-t-il voulu écrire la chanson d'un amour fou ? A-t-il voulu, comme on l'a dit, rendre compte de la situation d''Athènes placée sous la botte de l'occupant nazi ? On a parlé aussi, de manière plus prossaïque, du chagrin éprouvé pour de la défaite d'une équipe de football…
Vassilis Tsitsanis en compagnie de Iannis Papaïoannou
Dimanche nuageux,
tu ressembles à mon cœur
où il y passe toujours des nuages, des nuages…
Jésus, Marie !
C'est par un jour comme celui-ci
que j'ai perdu ma joie
Dimanche nuageux,
tu ensanglantes mon cœur !
Dans les années 50, le rébétiko se colore parfois de tendances sociales, sous l'influence du communisme. Tsitsanis en chantre de la classe ouvrière ! Ce n'est pas ce qu'il a fait de mieux. Et les autres rébètes deviennent futiles. On ne peut pas être Rébète et célébrer des lendemains qui chantent…
Ftochobouzouko (pauvre bouzouki)
Avec mon pauvre bouzouki
je chante mon chagrin
sans réussir à oublier une femme.
Depuis qu'elle est partie
la tristesse me submerge
mes larmes coulent comme de l'eau.
Elle m'a laissé seul
dans cette existence
elle ne reviendra pas
Mon pauvre bouzouki
je joue avec beaucoup de sentiment
et je lui dis : regarde comme le sort m'a frappé !
Le bouzouki me regarde, compatissant ;
Mais en quoi est-ce sa faute, le pauvre,
Pour que je lui casse les cordes ?
Je tiens mon bouzouki
et, péniblement, je lui demande
- Petit bouzouki, qu'est-ce que je dois faire ? dis-le moi !
Et il me répond : Tu veux vivre ?
Trouve un autre amour
et ton chagrin, noie-le dans le vin.
La mièvrerie de ce chant est contrebalancée par une technique instrumentale éblouissante. L'inspiration reste classique : c'est le thème, largement exploité, du rapport à l'instrument (le bon objet, par opposition à la femme infidèle).
Années 60
D'une certaine façon, le rébétiko ne fait plus que se survivre. Mais l'écouter et le jouer prend encore du sens.
Les musiciens de la variété (laïki musiki) les plus fameux (connus en Europe par les musiques de films) : Hadzidakis (compositeur de Jamais le Dimanche) et Théodorakis (Zorba le Grec) s'intéressent au rébétiko.
Leur position est paradoxale. Ils travaillent à sortir de l'ombre et de la clandestinité un répertoire culturel (leur argument est que ce sont ces instruments, ces mélodies et ces harmonies qui doivent représenter la Grèce et non les musiques à l'eau de rose instrumentalisées à l'occidental que la bourgeoisie et les classes au pouvoir essayent d'imposer). Ils sont donc partisans du rébétiko et admirent des artistes populaires comme Tsitsanis, Marcos Vamvakaris, etc. Mais, dans leurs compositions, s'ils empruntent des thèmes, des harmonies, des rythmes, une instrumentations, ils n'en opèrent pas moins une instrumentalisation qui s'avère néfaste par rapport à la pureté originale du genre rébétique. En particulier, ce sont leurs succès qui imposent de manière définitive une inflexion de l'image de la musique grecque. En gros, cette idée "touristique" du "sirtaki" (une danse qui n'existe pas) et de la musique à restaurants du quartier Saint Michel, à Paris.
(À la même époque, combat entre les partisans de la katarévoussa (une langue pure, artificiellement littéraire, non parlée ni comprise par le peuple) et la kini, la langue vernaculaire, dans laquelle les rébétika sont composés.) Pendant la dictature, les colonnels font leurs discours en katarévoussa. Les compositeurs qui osent célébrer le rébétiko sont persécutés.
À la fin des années 70 et début des années 80, le rébétiko vit un nouveau printemps. Une mode anti-commerciale, chez les jeunes Grecs libérés de la dictature. Les vieux rébètes sont traités en héros. Certains se produisent encore dans des centres (Papaïoannou, qui meurt bientôt dans un accident, Tsitsanis, Sotiria Bellou…). Certains publient leurs mémoires. Ils sont courtisés par quelques américains (bibliographie de Marcos Vamvakaris. Discographie importante (vinyle, puis CD, les vieux enregistrements sont repiqués dans des anthologie, les plus anciens datent du XIXe siècle !). Publication d'un étude monumentale accompagnée d'une anthologie, et d'un important cahier de photographies, par Elias Pétropoulos.
Le corpus du rébétiko est sauvé.
Zéibékiko de Dionysis Savvopoulos, dans les années 70.
Chanté avec Sotiria Bellou.
à la sortie du studio d'enregistrement, Savvopoulos dit fièrement, j'ai enfin réussi à écrire une rébétiko. Et Sotiria : j'ai enfin réussi à chanter une chanson pop ! Malentendu ? Pas sûr. Le rébétiko est un style, il s'adapte à la modernité.
Avec des avions et des bateaux
et avec les vieux amis
nous tournons dans les ténèbres
et toi, cependant, tu ne nous entends pas
Tu ne nous entends pas qui chantons avec des voies électriques
dans les sorties de secours
(…)
Mon père Batis est venu de Smyrne en 22
et il a vécu 50 ans dans un taudis secret
Dans ce pays tous ceux qui aiment
mangent du pain sale
leurs désirs suivent
des croisements souterrains
Hier soir, j'ai vu un ami
qui rodait à l'affût
sur une motocyclette
derrière lui courraient des chiens
Debout, mon âme !
donne du courant,
mets le feu à tes vêtement
mets le feu à tes instruments
Quel est cet esprit noir
notre terrible parole ?
Sotiria Bellou, à deux époques de sa carrière
Orientalisme et érotisme. La chanteuse de rébétiko par excellence, c'est Marika Ninou.
Ena tragoudi ap't'Algéri (Une chanson d'Algérie), Kaldaras, 1948 ?
Le navire appareille doucement
qui m'emmène au loin
vers la Barbarie…
Je désire de douces sirènes
et la danse magique des corps exotiques
caresser des cheveux noirs
embrasser les lèvres de miel
d'une douce minaudière
écouter un soir
une chanson d'Algérie
la chanson du chamelier
sur un air africain
Hommage au voyou, au mangas, à un héros de la pègre. Tsitsanis raconte, à sa manière, un fait divers :
A Trikala, dans les deux ruelles
on a tué Sakaflias
On lui a donné deux coups de couteau
et on l'a allongé par terre
Un gars de cette classe
(intraduisible : dervissiko, celui qui possède les qualités d'un derviche)
on est nombreux à le pleurer

ouvrage de référence : l'Anthologie rébétique de Tassos Skorélis
… et l'incontournable Rébétika Tragoudia, du regretté Elias Pétropoulos…
…dédicacé à l'auteur de ce blog


































